Les adhérents proposent

L'exode alsacien

Rappel historique :

Septembre 1939, mobilisation générale et déclaration de la guerre à l'Allemagne.

L'évacuation des frontaliers est décrêtée, les maires recevoient un plan d'évacuation et organisent le départ, en train de marchandises, aménagés avec de la paille. Les bagages sont limités à 30 kg et 4 jours de vivre.

L'arrivée dans les départements d'accueil est difficile à cause de la langue. Les français les appellent les "Yaya" (oui oui). Les arrivants sont considérés comme des ennemis. Cependant, par leur travail quotidien auprès des villageois, ils s'intègrent rapidement et créent des familes par le mariage avec les autochtones.

Ces nouveaux liens entrainent , à partir de 1960, des jumelages entre villes et villages d'Alsace et des départements d'accueil.

Témoignage :

Dans le cadre de l'exposition sur l'exode alsacien dans le département, un de nos adhérents, Claude BARTHÈRE, a souhaité nous présenter un épisode de la vie de sa famille de la branche maternelle.

Arbre descendant de Jean et Rose GOETSCHY.

Cartes et décorations des trois membres de la famille.

Ce que nous dit Claude sur la déportation politique de ses grands-parents et de sa tante :

"En représaillles du refus de leur fille Jeanne de se soumettre au STO et de leurs deux fils Albin et Max de se laisser enrôler dans la Wermacht, tous trois ayant passé clandestinement la frontière suisse.

Dans la nuit du 5 mars 1943, à 4 h du matin, il est, brutalement réveillé, avec son épouse et sa fille aînée Mathilde. Tous sont invités à rassembler, à la hâte, quelques effets personnels et à se rendre dans la cour de l'école. De là, on les transporte par camion à Carspach (Alsace) où les attendent d'autres compagnons d'infortune. Ils sont déportés en Saxe et ne reviendront en Alsace qu'en juin 1945 après avoir été libérés par les Russes et les Alliés. En Saxe, ils ont, non seulement, souffert de leurs conditions de captivité, mais ont, également subi les sévices des Russes qui n'ont fait aucune différence entre les allemands et les alsaciens français".

Chronologie de leur parcours :

Du 5 au 7 mars 1943 : rassemblement à Carspach,

Du 7 au 25 mars 1943 : Camp Reute (Wurtemberg),

Du 25 mars au 30 novembre 1943 : Camp Bad-Schandau (Saxe),

Du 30 novembre 1943 au 19 novembre 1944 : Camp 44 EIBAU (Saxe),

Du 19 novembre 1944 au 6 juin 1945 : Camp 39a Radmeritz-Schloss Joachimstein.

Albin GOETSCHY :

Résistant en Lot et Garonne de juin à novembre 1944

Les deux frères Albin et Max GOETSCHY, évadés vers la Suisse le 14 septembre 1941, incarcérés à Bâle le lendemain pour violation de frontière.

Claude nous fait le récit du parcours de sa mère entre 1939 et 1942 :

" Le 1 septembre 1939, vers 15h, l'appariteur de village annonce publiquement que l'évacuation doit se faire avant minuit. Les paysans préparent les charrettes, y attèlent les bêtes de trait . On y charge bagages et vivres autorisés et le convoi se met en route à 9h du soir vers les haltes à Jettingen, Franken, Dannemarie, Reppe, Roppe, Champagney, Ronchamp, Melisey, Quers, La Villeneuve, Vauchoux, Vauconcourt, Pressigny (premier jour de repos), Cusey, Gemeaux, Villecomte, Francheville, et Saint Martin du Mont. Ils restent là

trois semaines, chez Melle Gérard et vont chercher le ravitaillement, tous les jours, à Sainte Seine l'Abbaye. Les paysans vendent leurs bêtes et abandonnent leurs charrettes.

Le transfert vers les Landes s'organise. par camions militaires, ils sont conduits à la gare de Dijon le dimanche 17 septembre. Le petit déjeuner avalé à 6 h, ils partent pour Nevers, Moulins, Limoges, Périgueux, Agen, Tarbes, Aire sur l'Adour, Mont de Marsan, Hagetmau et arrivent, enfin, à Samadet le 9 otobre 1939. Ils y restent une année et reviennent en Alsace le 9 octobre 1940.

Le chemin du retour se fait par le même itinéraire jusquà Toulouse et se poursuit par Carcassonne, Montpellier, Nîmes et la vallée du Rhône jusqu'à Chalons sur Saône où ils subissent un controle. Ils reçoivent à manger à Beaune et poursuivent leur retour par Dijon, Belfort et Mulhouse où on leur distribue des drapeaux.

Ils arrivent à Buschwiller le 11 octobre. Les maisons sont dévastées ou détruites par le dynamitage des ponts et du dépôt de munitions. La nazification de l'Alsace commence. Buschwiller devient Buschweiler, les noms de rues, de familles et les prénoms à consonnance française sont germanisés. Ils ont interdiction de parler français et de porter le béret."

14 septembre 1941, Jeanne et ses frères s'évadent vers la Suisse avec l'aide d'un passeur, Oscar GOETSCHY. la frontière est franchie à Schoenenbuch. le passeur est arrêté, sur dénonciation, par la Gestapo, il est emprisonné, à Mulhouse, pour la durée de la guerre.

15 septembre 1941, incarcération au Lohnholf prison de Bâle, pour violation de frontière.

18 septembre 1941, expulsion de Suisse par Genève, Annemasse puis Lyon.

29 septembre 1941, Retour à Samadet, chez des amis qui l' amènent à Plaisance du Gers le 6 octobre.

Jeanne est alors recherchée par la police française pour avoir refusé de se soumettre au STO.

Le 19 mai 1942 ,elle rejoint ses deux frères qui sont déjà arrivés à Libos. Elle s'y marie le 26 septembre.

Elle ne recevra l'insigne de réfractaire que le 8 juillet 1981 à Colmar. Elle décède à Saint Louis -68 le 8 décembre 1982.

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Nous remercions, très sincèrement, Claude pour nous avoir offert une partie de ses tristes souvenirs. Il peut être fier de ses ancêtres à qui nous adressons toute notre reconnaissance.